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Krikor Bedikian1960 wurde Krikor Bedikian im Verlag "Editions Champ-Flevry" in Paris in der Reihe "Peintres du vingtième siècle" durch Maximilian Gauthier vorgestellt: BÉDIKIAN est né en 1908, en Asie Mineure. Il n'avait pas dix ans quand une terrible catastrophe s'abattit sur la maison de son enfance son père et sa mère périrent dans un massacre d'Arméniens.
On le conduit de Constantinople à Corfou dont la beauté l'impressionne au plus haut degré. C'est là qu'il fera ses études. Sur ses cahiers d'écolier, sur son ardoise et peut-être même sur les murs, dès qu'il en a le loisir, il trace inlassablement des figures et, déjà, il rêve de devenir peintre. En 1925, il quitte Corfou pour aller rejoindre, à Beyrouth, son frère et sa sueur, plus âgés. Il rencontre Altounian, un architecte qui, frappé par l'étrange talent de ce gamin, l'encourage, le conseille. Tout un peuple curieusement costumé animait alors de son pittoresque les rues de la capitale du Liban. D'instinct, n'ayant jamais reçu de leçons de dessin - ce qu'Altounian, d'abord, ne voulut pas croire - Bédikian avait réussi, tout de suite et sans effort, à fixer sur le papier non seulement l'apparence matérielle des personnages les plus divers - le vieux, la vieille aux traits comme burinés, l'oriental enturbanné, le vagabond et le soldat - mais encore, et avec une extraordinaire puissance, tout ce qu'un regard, un port de tête, un plissement de la paupière peuvent exprimer d'émouvante réalité humaine. Devant ces essais révélateurs d'une étonnante maturité, Altounian n'hésita pas : « Il te faut, lui dit-il, aller à Paris », ce qui était prêcher un converti, Bédikian ayant de lui-même décidé, dans le secret de son âme, qu'il ferait un jour de la capitale de l'art occidental moderne sa patrie véritable. On demandait des travailleurs pour la France. Bédikian se présenta. C'était en 1926. De Marseille, on le dirigea sur un chantier, dans la région de Grenoble. Un chantier de terrassement, à la pioche et à la pelle. Bédikian se désespérait., quand l'entrepreneur vint le trouver dans son cantonnement. Notre ami lui montra ses dessins de Beyrouth toute sa fortune dans sa musette - et le brave homme, à son tour profondément touché, comprit ce qu'il avait à faire et déchira le contrat. Bédikian, par bonheur, avait noté l'adresse d'un de ses anciens condisciples à l'orphelinat. Et ce fut ainsi qu'il partit pour Lyon. Le camarade, à peine moins pauvre, disposait d'une chambre qu'ils partagèrent. Bédikian, son carton sous le bras, chercha longtemps du travail. Il en était las quand il eut l'idée d'offrir ses services à un peintre d'enseignes. Ce fut celui-ci qui, un soir, le conduisit au café que fréquentaient les artistes de l'endroit. Ses dessins firent de nouveau leur effet de talisman. On s'ingénia à lui procurer, chez les bourgeois de la ville, la commande de portraits, à dix francs pièce, et à la condition d'opérer vite. Bédikian s'en acquitta si bien qu'au bout de quelques mois d'héroïques économies, il avait amassé à peu près juste de quoi s'offrir un billet d'aller, sans retour, pour Paris. Il fit ce que Soutine, avant lui, avait fait, et se rendit à l'École des Beaux-Arts où il obtint la permission de dessiner dans les galeries les antiques, afin de se préparer à devenir l'élève de Lucien Simon. En 1937, à l'âge où la plupart de ceux de sa génération en sont déjà à leur dixième étape vers la renommée, il exposa pour la première fois au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts où son envoi fut remarqué. Il ne récidiva pourtant pas, se contentant de céder, de temps à autre, à qui venait l'en solliciter, un tableau, un dessin, une aquarelle. Il fallut insister beaucoup pour qu'en 1940 il consentît enfin à montrer un ensemble de ses oeuvres, dans son atelier. Farouchement retranché dans sa solitude, il avait la remarquable modestie de ne pas s'estimer prêt à affronter le grand public. Puis il arriva enfin que tant de sincère acharnement à travailler dans l'ombre lui valut des amis résolus à le pousser hors de sa retraite. On l'invite à visiter la Suisse et c'est à Lausanne, en 1945, que s'organise sa première exposition particulière. Elle étonne. On hésite à prendre carrément parti pour cette peinture inhabituelle, où la raison plastique n'est pas seule, où l'exaltation de la vie l'accompagne. On est séduit, sans doute, mais on demande à réfléchir avant de prendre le tournant. En 1949, au Caire, invité de nouveau, puis à Alexandrie, dans les salons des Amitiés Françaises, le succès est déjà plus franc. J'ai sous les yeux un album qui témoigne de l'enthousiasme des personnalités les plus diverses:
On a compris. Le ravissement est général ; on l'avoue ; et l'on achète. Bédikian va s'empresser d'aller dépenser son argent en Hollande, en Italie, à Naples, dans le Tessin et plus tard en Espagne, afin d'y acquérir les seules richesses qui le tentent : une vision plus étendue de la réalité du monde sensible, de l'humanité qui y accomplit ses destins ; une connaissance plus directe, plus intime, des merveilles du Prado, des Offices, des sanctuaires latins. ![]() Partout où il se manifeste en tant qu'artiste décidé à toucher les cœurs et non pas seulement à intéresser l'esprit, il est favorablement regardé ; il réconcilie avec la peinture moderne aussi bien les amateurs les plus avertis que les gens simples qui ne vont pas chercher midi à quatorze heures et qui estiment qu'un tableau est d'autant plus plaisant qu'il représente quelque chose de vécu et de reconnaissable. Il ne manque plus à Bédikian que l'indispensable consécration de Paris. C'est en 1950, à la Galerie Bernheim-Jeune, que cela a commencé cinquante toiles (paysages de Naples et du Tessin, natures mortes et portraits). La critique, un moment désemparée, acquiesce. Jean Bouret, dans un article dont il se souvient peut-être, exprime admirablement l'essentiel de l'opinion publique:
Et Le Monde, à propos de ses émouvantes figures d'enfants du peuple, évoque Murillo. Sa seconde exposition parisienne, en 1952, à la Galerie Paul Ambroise, confirme l'excellence de ce, verdict. Charles Vildrac, le grand poète, l'ami, le découvreur d'Othon Friesz et de Marquet, de Matisse et de Vlaminck, écrit spontanément:
Robert Vrinat n'est pas moins catégorique:
Le Time Magasine l'interviewe et déclare:
Bédikian, désormais, sera considéré comme un des maîtres de la génération montante. En 1954, troisième exposition parisienne dont le succès sera plus vif encore, ainsi qu'en rendent compte les articles qui lui sont consacrés. En 1955, c'est à New-York puis invité par la Mission Diplomatique Française - en Sarre que Bédikian suscite le même enthousiasme. En 1956, quatrième exposition à Paris, puis à Milan et à Malaga. La cinquième exposition parisienne, en 1958, donne lieu de nouveau à un impressionnant concert d'éloges. C'est, entre autres, Marcel Hauriac, spécialiste des choses du Cirque auxquelles cette exposition est en partie consacrée, qui atteste, dans Scènes et Pistes.
Bédikian a obtenu à Vichy, l'an dernier, le Grand Prix du Public, très précieuse récompense pour un artiste que singularise l'audace, par les temps qui courent, de réaliser ce que souhaitait Vlamirck: une peinture lisible, vivante, humaine. Une peinture sincère, vibrante, ressentie, non pas seulement de verve et d'éclat, et qu'a si bien célébrée un grand industriel doublé d'un grand amateur d'art:
Ce sont là de justes paroles. Elles expliquent et justifient la jeune gloire de Bédikian. Je les préfère, pour ma part, au galimatias ordinaire des abstracteurs de quintessence. S'il peint avec rapidité, c'est après avoir longuement médité sur un thème saisi dans la vie. Je l'ai vu travailler ; il place ses dominantes, construit plastiquement son ouvrage; puis, à l'harmonie des couleurs et des lignes, il ajoute les signes, qui nous touchent, de la réalité même. Tel est l'un des secrets de ce peintre complet. Je le crois, fermement, promis à un radieux avenir. Maximilien GAUTHIER |
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